En face de moi mon lit, un vieux lit de chêne à colonnes. A droite ma cheminée. A gauche ma porte que j’avais fermée avec soin. Derrière moi une très grande armoire à glace qui me servait chaque jour, pour me raser, pour m’habiller, où j’avais coutume de me regarder de la tête aux pieds chaque fois que je passais devant.
Donc je faisais semblant de lire, pour le tromper, car il m’épiait lui aussi; et soudain je sentis, je fus certain qu’il lisait par-dessus mon épaule, qu’il était là, frôlant mon oreille.
Je me dressai, en me tournant si vite que je faillis tomber. Eh bien!... On y voyait comme en plein jour... et je ne me vis pas dans ma glace! Elle était vide, claire, pleine de lumière. Mon image n’était pas dedans... Et j’étais en face... Je voyais le grand verre, limpide du haut en bas! Et je regardais cela avec des yeux affolés, et je n’osais plus avancer, sentant bien qu’il se trouvait entre nous, lui, et qu’il m’échapperait encore, mais que son corps imperceptible avait absorbé mon reflet.
Comme j’eus peur! Puis voilà que tout à coup je commençai à m’apercevoir dans une brume au fond du miroir, dans une brume comme à travers une nappe d’eau; et il me semblait que cette eau glissait de gauche à droite, lentement, rendant plus précise mon image de seconde en seconde. C’était comme la fin d’une éclipse. Ce qui me cachait ne paraissait point posséder de contours nettement arrêtés, mais une sorte de transparence opaque s’éclaircissant peu à peu.
Je pus enfin me distinguer complètement ainsi que je fais chaque jour en me regardant.
Je l’avais vu. L’épouvante m’en est restée qui me fait encore frissonner.
Le lendemain j’étais ici, où je priai qu’on me gardât.
Maintenant, messieurs, je conclus.
Le docteur Marrande, après avoir longtemps douté, se décida à faire, seul, un voyage dans mon pays.
Trois de mes voisins, à présent, sont atteints comme je l’étais. Est-ce vrai?