—Mort? Peut-être?... Son corps? son corps que le jour traversait n’était-il pas indestructible par les moyens qui tuent les nôtres?
S’il n’était pas mort?... seul peut-être le temps a prise sur l’Être Invisible et Redoutable. Pourquoi ce corps transparent, ce corps inconnaissable, ce corps d’Esprit, s’il devait craindre, lui aussi, les maux, les blessures, les infirmités, la destruction prématurée?
La destruction prématurée? toute l’épouvante humaine vient d’elle! Après l’homme, le Horla.—Après celui qui peut mourir tous les jours, à toutes les heures, à toutes les minutes, par tous les accidents, est venu celui qui ne doit mourir qu’à son jour, à son heure, à sa minute, parce qu’il a touché la limite de son existence!
Non... non... sans aucun doute, sans aucun doute... il n’est pas mort... Alors... alors... il va donc falloir que je me tue, moi!...
Nous prions le lecteur de bien vouloir se reporter à l’Appendice, où il trouvera la version première du Horla.
NOTE.
Le manuscrit du Horla comprend 35 pages grand in-8o. Il est écrit presque sans rature et d’une main très assurée. Il ne faut pas oublier que la première version ayant paru dans le Gil-Blas (voir Appendice), Maupassant possédait un sujet qu’il n’eut qu’à développer.
La publication de ce volume causa une surprise très vive parmi les nombreux lecteurs de Maupassant, habitués à des sujets moins obscurs. Le Horla donna lieu aux commentaires les plus divers. Quelques jours après sa publication, Maupassant, de passage à Rouen, racontait en riant à son ami Pinchon, l’émotion que produisait sa nouvelle.
Notons que dans le cours des années 1885, 1886, 1887, parurent plus de soixante ouvrages sur la névrose, l’obsession, l’hypnotisme et la suggestion.