Là, je me suis senti touché. Cependant je ne bronche pas.
Mais l’autre, il lève une brème, oh! jamais je n’en ai vu telle. Jamais!
Et r’voilà ma femme qui se met à parler haut, comme si elle pensait. Vous voyez d’ici la malice. Elle disait: «C’est ça qu’on peut appeler du poisson volé, vu que nous avons amorcé la place nous-mêmes. Il faudrait rendre au moins l’argent dépensé pour l’amorce.»
Alors, la grosse au petit coutil se mit à dire à son tour: «C’est à nous que vous en avez, madame?»
—J’en ai aux voleurs de poisson qui profitent de l’argent dépensé par les autres.
—C’est nous que vous appelez des voleurs de poisson?
Et voilà qu’elles s’expliquent, et puis qu’elles en viennent aux mots. Cristi, elles en savent, les gueuses, et de tapés. Elles gueulaient si fort que nos deux témoins, qui étaient sur l’autre berge, s’ mettent à crier pour rigoler: «Eh! là-bas, un peu de silence. Vous allez empêcher vos époux de pêcher.»
Le fait est que le petit coutil et moi, nous ne bougions pas plus que deux souches. Nous restions là, le nez sur l’eau, comme si nous n’avions pas entendu.
Cristi de cristi, nous entendions bien pourtant: «Vous n’êtes qu’une menteuse.—Vous n’êtes qu’une traînée.—Vous n’êtes qu’une roulure.—Vous n’êtes qu’une rouchie.» Et va donc, et va donc. Un matelot n’en sait pas plus.
Soudain, j’entends un bruit derrière moi. Je me r’tourne. C’était l’autre, la grosse, qui tombait sur ma femme à coups d’ombrelle. Pan! pan! Mélie en r’çoit deux. Mais elle rage, Mélie, et puis elle tape, quand elle rage. Elle vous attrape la grosse par les cheveux, et puis v’lan, v’lan, v’lan, les gifles qui pleuvaient comme des prunes.