«Mélani.»

Papa murmura: «Il faut aviser. Dans ma situation, je dois veiller sur les derniers moments de votre frère.»

Maman reprit: «Je vais faire chercher l’abbé Poivron et lui demander conseil. Puis j’irai trouver mon frère avec l’abbé et Roger. Vous, Paul, restez ici. Il ne faut pas vous compromettre. Une femme peut faire et doit faire ces choses-là. Mais pour un homme politique dans votre position, c’est autre chose. Un adversaire aurait beau jeu à se servir contre vous de la plus louable de vos actions.

—Vous avez raison, dit mon père. Faites suivant votre inspiration, ma chère amie.»

Un quart d’heure plus tard, l’abbé Poivron entrait dans le salon, et la situation fut exposée, analysée, discutée sous toutes ses faces.

Si le marquis de Fumerol, un des grands noms de France, mourait sans les secours de la religion, le coup assurément serait terrible pour la noblesse en général et pour le comte de Tourneville en particulier. Les libres penseurs triompheraient. Les mauvais journaux chanteraient victoire pendant six mois; le nom de ma mère serait traîné dans la boue et dans la prose des feuilles socialistes; celui de mon père éclaboussé. Il était impossible qu’une pareille chose arrivât.

Donc une croisade fut immédiatement décidée, qui serait conduite par l’abbé Poivron, petit prêtre gras et propre, vaguement parfumé, un vrai vicaire de grande église dans un quartier noble et riche.

Un landau fut attelé et nous voici partis tous trois, maman, le curé et moi, pour administrer mon oncle.

Il avait été décidé qu’on verrait d’abord Mme Mélanie, auteur de la lettre et qui devait être la concierge ou la servante de mon oncle.

Je descendis en éclaireur devant une maison à sept étages et j’entrai dans un couloir sombre où j’eus beaucoup de mal à découvrir le trou obscur du portier. Cet homme me toisa avec méfiance.