Roland et Pierre venaient les derniers, et le docteur dut traîner son père, tellement troublé par le vertige, qu’il se laissait glisser, de marche en marche, sur son derrière.

Les jeunes gens, qui dévalaient en tête, allaient vite, et soudain ils aperçurent à côté d’un banc de bois qui marquait un repos vers le milieu de la valeuse, un filet d’eau claire jaillissant d’un petit trou de la falaise. Il se répandait d’abord en un bassin grand comme une cuvette qu’il s’était creusé lui-même, puis tombant en cascade haute de deux pieds à peine, il s’enfuyait à travers le sentier, où avait poussé un tapis de cresson, puis disparaissait dans les ronces et les herbes, à travers la plaine soulevée où s’entassaient les éboulements.

—Oh! que j’ai soif, s’écria Mme Rosémilly.

Mais comment boire? Elle essayait de recueillir dans le fond de sa main l’eau qui lui fuyait à travers les doigts. Jean eut une idée, mit une pierre dans le chemin, et elle s’agenouilla dessus afin de puiser à la source même avec ses lèvres qui se trouvaient ainsi à la même hauteur.

Quand elle releva sa tête, couverte de gouttelettes brillantes semées par milliers sur la peau, sur les cheveux, sur les cils, sur le corsage, Jean penché vers elle murmura:

—Comme vous êtes jolie!

Elle répondit, sur le ton qu’on prend pour gronder un enfant:

—Voulez-vous bien vous taire?

C’étaient les premières paroles un peu galantes qu’ils échangeaient.

—Allons, dit Jean fort troublé, sauvons-nous avant qu’on nous rejoigne.