Ils s’assirent donc, l’un près de l’autre, sur le galet.
Et tous deux, sous la chaleur du soleil calmée par l’air marin, devant le vaste et doux horizon d’eau bleue moirée d’argent, pensaient en même temps: «Comme il aurait fait bon ici, autrefois.»
Elle n’osait point parler à Pierre, sachant bien qu’il répondrait une dureté; et il n’osait pas parler à sa mère sachant aussi que, malgré lui, il le ferait avec violence.
Du bout de sa canne il tourmentait les galets ronds, les remuait et les battait. Elle, les yeux vagues, avait pris entre ses doigts trois ou quatre petits cailloux qu’elle faisait passer d’une main dans l’autre, d’un geste lent et machinal. Puis son regard indécis, qui errait devant elle, aperçut, au milieu des varechs, son fils Jean qui pêchait avec Mme Rosémilly. Alors elle les suivit, épiant leurs mouvements, comprenant confusément, avec son instinct de mère, qu’ils ne causaient point comme tous les jours. Elle les vit se pencher côte à côte quand ils se regardaient dans l’eau, demeurer debout face à face quand ils interrogeaient leurs cœurs, puis grimper et s’asseoir sur le rocher pour s’engager l’un envers l’autre.
Leurs silhouettes se détachaient bien nettes, semblaient seules au milieu de l’horizon, prenaient dans ce large espace de ciel, de mer, de falaises, quelque chose de grand et de symbolique.
Pierre aussi les regardait, et un rire sec sortit brusquement de ses lèvres.
Sans se tourner vers lui, Mme Roland lui dit:
—Qu’est-ce que tu as donc?
Il ricanait toujours:
—Je m’instruis. J’apprends comment on se prépare à être cocu.