—Tiens, tu le connais?
—Oui. Et puis j’avais un petit service à lui demander.
—Ah! alors tu me feras visiter en grand détail la Lorraine dès qu’elle entrera dans le port, n’est-ce pas?
—Certainement, c’est très facile!
Jean paraissait hésiter, chercher ses phrases, poursuivre une introuvable transition. Il reprit:
—En somme, c’est une vie très acceptable qu’on mène sur ces grands transatlantiques. On passe plus de la moitié des mois à terre dans deux villes superbes, New-York et le Havre, et le reste en mer avec des gens charmants. On peut même faire là des connaissances très agréables et très utiles pour plus tard, oui, très utiles, parmi les passagers. Songe que le capitaine, avec les économies sur le charbon, peut arriver à vingt-cinq mille francs par an, sinon plus...
Roland fit un «bigre!» suivi d’un sifflement, qui témoignait d’un profond respect pour la somme et pour le capitaine.
Jean reprit:
—Le commissaire de bord peut atteindre dix mille, et le médecin a cinq mille de traitement fixe, avec logement, nourriture, éclairage, chauffage, service, etc., etc. Ce qui équivaut à dix mille au moins, c’est très beau.
Pierre, qui avait levé les yeux, rencontra ceux de son frère, et le comprit.