L’immense paquebot, traîné par un puissant remorqueur qui avait l’air, devant lui, d’une chenille, sortait lentement et royalement du port. Et le peuple havrais massé sur les môles, sur la plage, aux fenêtres, emporté soudain par un élan patriotique se mit à crier: «Vive la Lorraine!» acclamant et applaudissant ce départ magnifique, cet enfantement d’une grande ville maritime qui donnait à la mer sa plus belle fille.

Mais Elle, dès qu’elle eut franchi l’étroit passage enfermé entre deux murs de granit, se sentant libre enfin, abandonna son remorqueur, et elle partit toute seule comme un énorme monstre courant sur l’eau.

—La voilà... la voilà!... criait toujours Roland. Elle vient droit sur nous.

Et Beausire, radieux, répétait:

—Qu’est-ce que je vous avais promis, hein? Est-ce que je connais leur route?

Jean, tout bas, dit à sa mère:

—Regarde, maman, elle approche.

Et Mme Roland découvrit ses yeux aveuglés par les larmes.

La Lorraine arrivait, lancée à toute vitesse dès sa sortie du port, par ce beau temps clair, calme. Beausire, la lunette braquée, annonça:

—Attention! M. Pierre est à l’arrière, tout seul, bien en vue. Attention!