Pierre comprit, ou crut comprendre sa terreur et son angoisse. Le regard des femmes est perçant, leur esprit agile, et leur pensée soupçonneuse. Quand celle qui allait entrer apercevrait cette miniature inconnue, du premier coup, peut-être, elle découvrirait la ressemblance entre cette figure et celle de Jean. Alors elle saurait et comprendrait tout! Il eut peur, une peur brusque et horrible que cette honte fût dévoilée, et se retournant, comme la porte s’ouvrait, il prit la petite peinture et la glissa sous la pendule sans que son père et son frère l’eussent vu.

Rencontrant de nouveau les yeux de sa mère, ils lui parurent changés, troubles et hagards.

—Bonjour, disait Mme Rosémilly, je viens boire avec vous une tasse de thé.

Mais pendant qu’on s’agitait autour d’elle pour s’informer de sa santé, Pierre disparut par la porte restée ouverte.

Quand on s’aperçut de son départ, on s’étonna. Jean, mécontent à cause de la jeune veuve qu’il craignait blessée, murmurait:

—Quel ours!

Mme Roland répondit:

—Il ne faut pas lui en vouloir, il est un peu malade aujourd’hui et fatigué d’ailleurs de sa promenade à Trouville.

—N’importe, reprit Roland, ce n’est pas une raison pour s’en aller comme un sauvage.

Mme Rosémilly voulut arranger les choses en affirmant: