M. de Garelle.—Ça n’est pas vrai.

Mme de Chantever.—Pourquoi ça?...

M. de Garelle.—Parce qu’il ne vous aurait pas épousée.

Mme de Chantever.—Insolent! Et cette proposition?...

M. de Garelle.—La voici. Vous venez d’avouer que j’ai été, grâce à vous, un de ces êtres ridicules, toujours bafoués, quoi qu’ils fassent, comiques s’ils se taisent, et plus grotesques encore s’ils se fâchent, qu’on nomme des maris trompés. Eh bien, madame, il est indubitable que les quelques coups de cravache reçus par vous sont loin de compenser l’outrage et le dommage conjugal que j’ai éprouvés de votre fait, et il est non moins indubitable que vous me devez une compensation plus sérieuse et d’une autre nature, maintenant que je ne suis plus votre mari.

Mme de Chantever.—Vous perdez la tête. Que voulez-vous dire?

M. de Garelle.—Je veux dire, madame, que vous devez me rendre aujourd’hui les heures charmantes que vous m’avez volées quand j’étais votre époux, pour les offrir à je ne sais qui.

Mme de Chantever.—Vous êtes fou.

M. de Garelle.—Nullement. Votre amour m’appartenait, n’est-ce pas? Vos baisers m’étaient dus, tous vos baisers, sans exception. Est-ce vrai? Vous en avez distrait une partie au bénéfice d’un autre! Eh bien, il importe, il m’importe que la restitution ait lieu, restitution sans scandale, restitution secrète, comme on fait pour les vols honteux.

Mme de Chantever.—Mais pour qui me prenez-vous?