M. de Garelle.—Comment? Laquelle? Quand un homme est assez fou pour proposer à une femme de l’épouser d’abord et de devenir son amant ensuite, cela prouve qu’il aime ou je ne m’y connais pas en amour.
Mme de Chantever.—Oh! ne confondons pas. Épouser une femme prouve l’amour ou le désir, mais la prendre comme maîtresse ne prouve rien... que le mépris. Dans le premier cas, on accepte toutes les charges, tous les ennuis, et toutes les responsabilités de l’amour; dans le second cas, on laisse ces fardeaux au légitime propriétaire et on ne garde que le plaisir, avec la faculté de disparaître le jour où la personne aura cessé de plaire. Cela ne se ressemble guère.
M. de Garelle.—Ma chère amie, vous raisonnez fort mal. Quand on aime une femme, on ne devrait pas l’épouser, parce qu’en l’épousant on est sûr qu’elle vous trompera, comme vous avez fait à mon égard. La preuve est là. Tandis qu’il est indiscutable qu’une maîtresse reste fidèle à son amant avec tout l’acharnement qu’elle met à tromper son mari. Est-ce pas vrai? Si vous voulez qu’un lien indissoluble se lie entre une femme et vous, faites-la épouser par un autre, le mariage n’est qu’une ficelle qu’on coupe à volonté, et devenez l’amant de cette femme: l’amour libre est une chaîne qu’on ne brise pas.—Nous avons coupé la ficelle, je vous offre la chaîne.
Mme de Chantever.—Vous êtes drôle. Mais je refuse.
M. de Garelle.—Alors, je préviendrai M. de Chantever.
Mme de Chantever.—Vous le préviendrez de quoi?
M. de Garelle.—Je lui dirai que vous m’avez trompé!
Mme de Chantever.—Que je vous ai trompé... Vous...
M. de Garelle.—Oui, quand vous étiez ma femme.
Mme de Chantever.—Eh bien?