Le vieux recommença:

—Nous allons faire route ensemble jusqu’à Barantin, mamzelle, vu que nous suivons le même itinéraire.

—Avec satisfaction, monsieur.

Et nous v’là causant. Je me faisais plaisante autant que je pouvais, n’est-ce pas; si bien qu’ils ont cru des choses qui n’étaient point. Or, comme je passais dans un bois, le vieux dit:

—Voulez-vous, mamzelle, que j’allions faire un repos sur la mousse?

Moi, je répondis sans y penser:

—A votre désir, monsieur.

Puis il descend et il donne son cheval à l’autre, et nous v’là partis dans le bois tous deux.

Il n’y avait plus à dire non. Qu’est-ce que vous auriez fait à ma place? Il en prit ce qu’il a voulu; puis il me dit: «Faut pas oublier le camarade.» Et il retourna tenir les chevaux, pendant que l’autre m’a rejointe. J’en étais honteuse que j’en aurais pleuré, monsieur. Mais je n’osais point résister, vous comprenez.

Donc nous v’là repartis. Je ne parlions plus. J’avais trop de deuil au cœur. Et puis je ne pouvais plus marcher tant j’avais faim. Tout de même, dans un village, ils m’ont offert un verre de vin, qui m’a r’donné des forces pour quelque temps. Et puis ils ont pris le trot pour pas traverser Barantin de compagnie. Alors je m’assis dans le fossé et je pleurai tout ce que j’avais de larmes.