Je m’animai:

—Eh bien, tu comprends, ma fille, qu’il n’est pas juste qu’on sache tout sur mon compte et que je ne sache rien sur celui de la personne qui sera ma femme. Je l’aime de toute mon âme. Elle a le visage, le cœur, l’esprit que je rêvais, je suis le plus heureux des hommes sous ce rapport; cependant il y a des choses que je voudrais bien savoir...

Césarine se décida à enfoncer dans sa poche mon billet de banque. Je compris que le marché était conclu.

—Écoute, ma fille, nous autres hommes, nous tenons beaucoup à certains... à certains... détails... physiques, qui n’empêchent pas une femme d’être charmante, mais qui peuvent changer son prix à nos yeux. Je ne te demande pas de me dire du mal de ta maîtresse, ni même de m’avouer ses défauts secrets si elle en a. Réponds seulement avec franchise aux quatre ou cinq questions que je vais te poser. Tu connais Mme de Jadelle comme toi-même, puisque tu l’habilles et que tu la déshabilles tous les jours. Eh bien, voyons, dis-moi cela. Est-elle aussi grasse qu’elle en a l’air?

La petite bonne ne répondit pas.

Je repris:

—Voyons, mon enfant, tu n’ignores pas qu’il y a des femmes qui se mettent du coton, tu sais, du coton là où, là où... enfin du coton là où on nourrit les petits enfants, et aussi là où on s’asseoit. Dis-moi, met-elle du coton?

Césarine avait baissé les yeux. Elle prononça timidement:

—Demandez toujours, monsieur, je répondrai tout à la fois.

—Eh bien, ma fille, il y a aussi des femmes qui ont les genoux rentrés, si bien qu’ils s’entre-frottent à chaque pas qu’elles font. Il y en a d’autres qui les ont écartés, ce qui leur fait des jambes pareilles aux arches d’un pont. On voit le paysage au milieu. C’est très joli des deux façons: Dis-moi comment sont les jambes de ta maîtresse?