Un bienfait n’est jamais perdu.
Le Dr Marambot se frottait les mains en terminant son histoire. Je lui demandai:
—As-tu connu le Rosier, toi?
—Oui, j’ai eu l’honneur de lui fermer les yeux.
—De quoi est-il mort?
—Dans une crise de delirium tremens, naturellement.
Nous étions arrivés près de la vieille forteresse, amas de murailles ruinées que dominent l’énorme tour Saint-Thomas de Cantorbéry et la tour dite du Prisonnier.
Marambot me conta l’histoire de ce prisonnier qui, au moyen d’un clou, couvrit de sculptures les murs de son cachot, en suivant les mouvements du soleil à travers la fente étroite d’une meurtrière.
Puis j’appris que Clotaire II avait donné le patrimoine de Gisors à son cousin saint Romain, évêque de Rouen, que Gisors cessa d’être la capitale de tout le Vexin après le traité de Saint-Clair-sur-Epte, que la ville est le premier point stratégique de toute cette partie de la France, et qu’elle fut, par suite de cet avantage, prise et reprise un nombre infini de fois. Sur l’ordre de Guillaume le Roux, le célèbre ingénieur Robert de Bellesme y construisit une puissante forteresse attaquée plus tard par Louis le Gros, puis par les barons normands, défendue par Robert de Candos, cédée enfin à Louis le Gros par Geoffroy Plantagenet, reprise par les Anglais à la suite d’une trahison des Templiers, disputée entre Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion, brûlée par Edouard III d’Angleterre qui ne put prendre le château, enlevée de nouveau par les Anglais en 1419, rendue plus tard à Charles VII par Richard de Marbury, prise par le duc de Calabre, occupée par la Ligue, habitée par Henri IV, etc., etc.
Et Marambot, convaincu, presque éloquent, répétait: