Le soir, nous arrivions à Dieppe. Quand je dis «le soir», j’entends à minuit.

Tu sais comme j’aime la mer. Je déclarai à mon mari que je ne me coucherais pas avant de l’avoir vue. Il parut très contrarié. Je lui demandai en riant «Est-ce que vous avez sommeil?»

Il répondit: «Non, mon amie, mais vous devriez comprendre que j’ai hâte de me trouver seul avec vous.»

Je fus surprise: «Seul avec moi? Mais nous sommes seuls depuis Paris dans le wagon.»

Il sourit: «Oui... mais... dans le wagon, ce n’est pas la même chose que si nous étions dans notre chambre.»

Je ne cédai pas: «Eh bien, monsieur, nous sommes seuls sur la plage, et voilà tout.»

Décidément, cela ne lui plaisait pas. Il dit pourtant: «Soit, puisque vous le désirez.»

La nuit était magnifique, une de ces nuits qui vous font passer dans l’âme des idées grandes et vagues, plutôt des sensations que des pensées, avec des envies d’ouvrir les bras, d’ouvrir les ailes, d’embrasser le ciel, que sais-je? On croit toujours qu’on va comprendre des choses inconnues.

Il y a dans l’air du Rêve, de la Poésie pénétrante, du bonheur d’autre part que de la terre, une sorte d’ivresse infinie qui vient des étoiles, de la lune, de l’eau argentée et remuante. Ce sont là les meilleurs instants qu’on ait dans la vie. Ils font voir l’existence différente, embellie, délicieuse; ils sont comme la révélation de ce qui pourrait être... ou de ce qui sera.

Cependant mon mari paraissait impatient de rentrer. Je lui disais: «As-tu froid?—Non.—Alors regarde donc ce petit bateau là-bas, qui semble endormi sur l’eau. Peut-on être mieux qu’ici? J’y resterais volontiers jusqu’au jour. Dis, veux-tu que nous attendions l’aurore?»