Je me laissai reporter dans le lit. Au point du jour, les irritantes obsessions de mon mari déterminèrent un nouvel accès, qui fut plus long que le premier. J’avais envie de déchirer, de mordre, de hurler; c’était terrible, et cependant moins douloureux que je n’aurais cru.

Vers huit heures du matin, je m’endormis pour la première fois depuis quatre nuits.

A onze heures, une voix aimée me réveilla. C’était maman que mes lettres avaient effrayée, et qui accourait pour me voir. Elle tenait à la main un grand panier d’où sortirent soudain des aboiements. Je le saisis, éperdue, folle d’espoir. Je l’ouvris, et Bijou sauta sur le lit, m’embrassant, gambadant, se roulant sur mon oreiller, pris d’une frénésie de joie.

Eh bien, ma chérie, tu me croiras si tu veux... Je n’ai encore compris que le lendemain!

Oh! l’imagination! comme ça travaille! Et penser que j’ai cru?... Dis, n’est-ce pas trop bête?...

Je n’ai jamais avoué à personne, tu le comprendras, n’est-ce pas, les tortures de ces quatre jours. Songe, si mon mari l’avait su? Il se moque déjà assez de moi avec mon aventure de Dieppe. Du reste, je ne me fâche pas trop de ses plaisanteries. J’y suis faite. On s’accoutume à tout dans la vie...

Enragée? a paru dans le Gil-Blas du mardi 7 août 1883, sous la signature: Maufrigneuse.

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LE MODÈLE.

ARRONDIE en croissant de lune, la petite ville d’Étretat, avec ses falaises blanches, son galet blanc et sa mer bleue, reposait sous le soleil d’un grand jour de juillet. Aux deux pointes de ce croissant, les deux portes, la petite à droite, la grande à gauche, avançaient dans l’eau tranquille, l’une son pied de naine, l’autre sa jambe de colosse; et l’aiguille, presque aussi haute que la falaise, large d’en bas, fine au sommet, pointait vers le ciel sa tête aiguë.