J’étais bu, et j’ suis veuf. Vous comprenez, ça me remue. Je ne la connaissais point, sa femme; mais une femme, c’est une femme, n’est-ce pas? Je lui demande: «Combien ça que tu me la vends?»

Il réfléchit ou bien il fait semblant. Quand on est bu, on n’est pas clair, et il me répond: «Je te la vends au mètre cube.»

Moi, ça n’ m’étonne pas, vu que j’étais autant bu que lui, et que le mètre cube ça me connaît dans mon métier. Ça fait mille litres, ça m’allait.

Seulement, le prix restait à débattre. Tout dépend de la qualité. Je lui dis: «Combien ça, le mètre cube?»

Il me répond:

—Deux mille francs.

Je fais un saut comme un lapin, et puis je réfléchis qu’une femme ça ne doit pas mesurer plus de trois cents litres. J’ dis tout de même: «C’est trop cher.»

Il répond:

—J’ peux pas à moins. J’y perdrais.

Vous comprenez: on n’est pas marchand de cochons pour rien. On connaît son métier. Mais s’il est ficelle, le vendeux de lard, moi je suis fil, vu que j’en vends. Ah! ah! ah! Donc je lui dis: «Si elle était neuve, j’ dis pas; mais a t’as servi, pas vrai, donc c’est du r’tour. J’ t’en donne quinze cents francs l’ mètre cube, pas un sou de plus. Ça va-t-il?»