«Je le fis donc appeler près de moi et je lui dis que je me voyais obligé de me priver de ses services.

«Il restait debout devant moi, effaré, ne comprenant pas. Il finit par demander des explications avec une certaine vivacité.

«Je refusai de lui en donner, en affirmant que mes raisons étaient d’ordre tout intime. Il crut alors que je le soupçonnais d’indélicatesse, et, très pâle, m’adjura, me somma de m’expliquer. Parti sur cette idée, il était fort et prenait le droit de parler haut.

«Comme je me taisais toujours, il m’injuria, m’insulta, arrivé à un tel degré d’exaspération que je craignais des voies de fait.

«Or, soudain, sur un mot blessant qui m’atteignit en plein cœur, je lui jetai à la face la vérité.

«Il demeura debout quelques secondes, me regardant avec des yeux hagards; puis je le vis prendre sur mon bureau les longs ciseaux dont je me sers pour émarger certains registres, puis je le vis tomber sur moi le bras levé, et je sentis entrer quelque chose dans ma gorge, au sommet de la poitrine, sans éprouver aucune douleur.»

Voici, messieurs les jurés, le simple récit de ce meurtre, que dire de plus pour sa défense? Il a respecté sa seconde femme avec aveuglement parce qu’il avait respecté la première avec raison.

Après une courte délibération, le prévenu fut acquitté.

L’Assassin a paru dans le Gil-Blas du mardi 1er novembre 1887.

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