J’ignorerais le cours de la Bourse, les événements politiques, les changements de ministère, toutes les inutiles bêtises où nous gaspillons notre courte et trompeuse existence. Pourquoi ces peines, ces souffrances, ces luttes? Je me reposerais à l’abri du vent dans ma somptueuse et claire demeure.

J’aurais quatre ou cinq épouses en des appartements discrets et sourds, cinq épouses venues des cinq parties du monde, et qui m’apporteraient la saveur de la beauté féminine épanouie dans toutes les races.

Le rêve ailé flottait devant mes yeux fermés, dans mon esprit qui s’apaisait, quand j’entendis que mes hommes s’éveillaient, qu’ils allumaient leur fanal et se mettaient à travailler à une besogne longue et silencieuse.

Je leur criai:

—Que faites-vous donc?

Raymond répondit d’une voix hésitante:

—Nous préparons des palangres parce que nous avons pensé que monsieur serait bien aise de pêcher s’il faisait beau au jour levant.

Agay est en effet, pendant l’été, le rendez-vous de tous les pêcheurs de la côte. On vient là en famille, on couche à l’auberge ou dans les barques, et on mange la bouillabaisse au bord de la mer, à l’ombre des pins dont la résine chaude crépite au soleil.

Je demandai:

—Quelle heure est-il?