Aujourd’hui, elle pêche. Elle pêche des thons, des sardines, des loups, des langoustes, tous les poissons si jolis de cette mer bleue, et nourrit à elle seule une partie de la côte.

En mettant le pied sur le quai, après avoir fait ma toilette, j’entendis sonner midi, et j’aperçus deux vieux commis, clercs de notaire ou d’avoué, qui s’en allaient au repas, pareils à deux vieilles bêtes de travail un instant débridées pour qu’elles mangent l’avoine au fond d’un sac de toile.

O liberté! liberté! seul bonheur, seul espoir et seul rêve! De tous les misérables, de toutes les classes d’individus, de tous les ordres de travailleurs, de tous les hommes qui livrent quotidiennement le dur combat pour vivre, ceux-là sont le plus à plaindre, sont les plus déshérités de faveurs.

On ne le croit pas. On ne le sait point. Ils sont impuissants à se plaindre; ils ne peuvent pas se révolter; ils restent liés, bâillonnés dans leur misère, leur misère honteuse de plumitifs!

Ils ont fait des études, ils savent le droit; ils sont peut-être bacheliers.

Comme je l’aime, cette dédicace de Jules Vallès:

«A tous ceux qui, nourris de grec et de latin, sont morts de faim.»

Sait-on ce qu’ils gagnent, ces crève-misère? De huit cents à quinze cents francs par an!

Employés des noires études, employés des grands ministères, vous devez lire chaque matin sur la porte de la sinistre prison la célèbre phrase de Dante:

«Laissez toute espérance, vous qui entrez!»