Cette distraction d’une seconde la perdit. La balle passa contre elle, rapide et basse, presque roulante, toucha terre et sortit du jeu.
Tandis que Bertin criait: «Gagné», que la jeune fille, surprise, l’accusait d’avoir profité de son inattention, Julio, dressé à chercher et à retrouver, comme des perdrix tombées dans les broussailles, les balles perdues qui s’égaraient, s’élança derrière celle qui courait devant lui dans l’herbe, la saisit dans la gueule avec délicatesse, et la rapporta en remuant la queue.
Le peintre, maintenant, saluait la comtesse; mais, pressé de se remettre à jouer, animé par la lutte, content de se sentir souple, il ne jeta sur ce visage tant soigné pour lui qu’un coup d’œil court et distrait; puis il demanda:
—Vous permettez? chère comtesse, j’ai peur de me refroidir et d’attraper une névralgie.
—Oh! oui, dit-elle.
Elle s’assit sur un tas de foin, fauché le matin même, pour donner champ libre aux joueurs, et, le cœur un peu triste tout à coup, les regarda.
Sa fille, agacée de perdre toujours, s’animait, s’excitait, avait des cris de dépit ou de triomphe, des élans impétueux d’un bout à l’autre de son camp, et, souvent, dans ces bonds, des mèches de cheveux tombaient, déroulées, puis répandues sur ses épaules. Elle les saisissait, et, la raquette entre les genoux, en quelques secondes, avec des mouvements impatients, les rattachait en piquant des épingles, par grands coups, dans la masse de la chevelure.
Et Bertin, de loin, criait à la comtesse:
—Hein! est-elle jolie ainsi, et fraîche comme le jour?
Oui, elle était jeune, elle pouvait courir, avoir chaud, devenir rouge, perdre ses cheveux, tout braver, tout oser, car tout l’embellissait.