Le mot dès le lendemain fut répété à la jeune femme, et il reçut, le soir même, un petit billet teinté de bleu, très vaguement parfumé, d’une écriture régulière et fine, montant un peu de gauche à droite, et qui disait:
«Monsieur,
«La duchesse de Mortemain sort de chez moi et m’assure que vous seriez disposé à faire, avec ma pauvre figure, un de vos chefs-d’œuvre. Je vous la confierais bien volontiers si j’étais certaine que vous n’avez point dit une parole en l’air et que vous voyez en moi quelque chose qui puisse être reproduit et idéalisé par vous.
«Croyez, Monsieur, à mes sentiments très distingués.
«Anne de Guilleroy.»
Il répondit en demandant quand il pourrait se présenter chez la comtesse, et il fut très simplement invité à déjeuner le lundi suivant.
C’était au premier étage, boulevard Malesherbes, dans une grande et luxueuse maison moderne. Ayant traversé un vaste salon tendu de soie bleue à encadrements de bois, blancs et or, on fit entrer le peintre dans une sorte de boudoir à tapisseries du siècle dernier, claires et coquettes, ces tapisseries à la Watteau, aux nuances tendres, aux sujets gracieux, qui semblent faites, dessinées et exécutées par des ouvriers rêvassant d’amour.
Il venait de s’asseoir quand la comtesse parut. Elle marchait si légèrement qu’il ne l’avait point entendue traverser l’appartement voisin, et il fut surpris en l’apercevant. Elle lui tendit la main d’une façon familière.
—Alors, c’est vrai, dit-elle, que vous voulez bien faire mon portrait.
—J’en serai très heureux, Madame.