—Qui donc a pu autoriser une pareille œuvre?
—Le général Boulanger, pendant son court passage au pouvoir. Il ne savait rien refuser. Il n’a fait que cela de bon, d’ailleurs. Donc, une société s’est formée d’hommes clairvoyants, désabusés, sceptiques, qui ont voulu élever en plein Paris une sorte de temple du mépris de la mort. Elle fut d’abord, cette maison, un endroit redouté, dont personne n’approchait. Alors, les fondateurs, qui s’y réunissaient, y ont donné une grande soirée d’inauguration avec Mmes Sarah Bernhardt, Judic, Théo, Granier et vingt autres, MM. de Reszké, Coquelin, Mounet-Sully, Paulus, etc.; puis des concerts, des comédies de Dumas, de Meilhac, d’Halévy, de Sardou. Nous n’avons qu’un four, une pièce de M. Becque, qui a semblé triste, mais qui a eu ensuite un très grand succès à la Comédie-Française. Enfin tout Paris est venu. L’affaire était lancée.
—Au milieu des fêtes! Quelle macabre plaisanterie!
—Pas du tout. Il ne faut pas que la mort soit triste, il faut qu’elle soit indifférente. Nous avons égayé la mort, nous l’avons fleurie, nous l’avons parfumée, nous l’avons faite facile. On apprend à secourir par l’exemple; on peut voir, ça n’est rien.
—Je comprends fort bien qu’on soit venu pour les fêtes; mais est-on venu pour..... Elle?
—Pas tout de suite, on se méfiait.
—Et plus tard?
—On est venu.
—Beaucoup?
—En masse. Nous en avons plus de quarante par jour. On ne trouve presque plus de noyés dans la Seine.