Alors elle se laissa découvrir la figure, mais sa peur, son émotion, sa honte d’être vue la rendaient rouge jusqu’à la chair du cou qui s’enfonçait dans sa robe. Elle baissait les yeux, tournait son visage, tantôt à droite, tantôt à gauche, pour éviter nos regards, et balbutiait:
—Oh! je souffre affreusement de me laisser voir ainsi! C’est horrible, n’est-ce pas? C’est horrible?
Je la contemplais fort surpris, car elle n’avait rien sur la face, pas une marque, pas une tache, pas un signe ni une cicatrice.
Elle se tourna vers moi, les yeux toujours baissés et me dit:
—C’est en soignant mon fils que j’ai gagné cette épouvantable maladie, monsieur. Je l’ai sauvé, mais je suis défigurée. Je lui ai donné ma beauté, à mon pauvre enfant. Enfin, j’ai fait mon devoir, ma conscience est tranquille. Si je souffre, il n’y a que Dieu qui le sait.
Le docteur avait tiré de sa poche un mince pinceau d’aquarelliste.
—Laissez faire, dit-il, je vais vous arranger tout cela.
Elle tendit sa joue droite et il commença à la toucher par coups légers, comme s’il eut posé dessus de petits points de couleur. Il en fit autant sur la joue gauche, puis sur le menton, puis sur le front; puis il s’écria:
—Regardez, il n’y a plus rien, plus rien!
Elle prit la glace, se contempla longtemps avec une attention profonde, une attention aiguë, avec un effort violent de tout son esprit, pour découvrir quelque chose, puis elle soupira: