Je criai: «Entrez» et je vis apparaître Allouma portant devant elle un grand plateau chargé de friandises arabes, de croquettes sucrées, frites et sautées, de toute une pâtisserie bizarre de nomade.
Elle riait, montrant ses belles dents, et elle répéta:
—Nous allons faire Ramadan ensemble.
Vous savez que le jeûne, commencé à l’aurore et terminé au crépuscule, au moment où l’œil ne distingue plus un fil blanc d’un fil noir, est suivi chaque soir de petites fêtes intimes où on mange jusqu’au matin. Il en résulte que, pour les indigènes peu scrupuleux, le Ramadan consiste à faire du jour la nuit, et de la nuit le jour. Mais Allouma poussait plus loin la délicatesse de conscience. Elle installa son plateau entre nous deux, sur le divan, et prenant avec ses longs doigts minces une petite boulette poudrée, elle me la mit dans la bouche en murmurant:
—C’est bon, mange.
Je croquai le léger gâteau, qui était excellent en effet, et je lui demandai:
—C’est toi qui as fait ça?
—Oui, c’est moi.
—Pour moi?
—Oui, pour toi.