Des gens traversent des continents pour aller en pèlerinage à quelque statue miraculeuse,—moi, j’ai porté mes dévotions à la Vénus de Syracuse!
Dans l’album d’un voyageur, j’avais vu la photographie de cette sublime femelle de marbre; et je devins amoureux d’elle, comme on est amoureux d’une femme. Ce fut elle, peut-être, qui me décida à faire ce voyage; je parlais d’elle et je rêvais d’elle à tout instant, avant de l’avoir vue.
Mais nous arrivions trop tard pour pénétrer dans le musée confié aux soins du savant professeur Francesco Saverio Cavalari, qui, Empédocle moderne, descendit boire une tasse de café dans le cratère de l’Etna.
Il me faut donc parcourir la ville, bâtie sur un îlot, et séparée de la terre par trois enceintes, entre lesquelles passent trois bras de mer. Elle est petite, jolie, assise au bord du golfe, avec des jardins et des promenades qui descendent jusqu’aux flots.
Puis nous allons aux Latomies, immenses excavations à ciel ouvert, qui furent d’abord des carrières et devinrent ensuite des prisons où furent enfermés, pendant huit mois, après la défaite de Nicias, les Athéniens capturés, torturés par la faim, la soif, l’horrible chaleur de cette cuve, et la fange grouillante où ils agonisaient.
Dans l’une d’elles, la Latomie du Paradis, on remarque, au fond d’une grotte, une ouverture bizarre, appelée oreille de Denys, qui venait écouter au bord de ce trou, disait-on, les plaintes de ses victimes. D’autres versions ont cours aussi. Certains savants ingénieux prétendent que cette grotte, mise en communication avec le théâtre, servait de salle souterraine pour les représentations auxquelles elle prêtait l’écho de sa sonorité prodigieuse; car les moindres bruits y prennent une surprenante résonance.
La plus curieuse des Latomies est assurément celle des Capucins, vaste et profond jardin divisé par des voûtes, des arches, des rocs énormes, et enfermé en des falaises blanches.
Un peu plus loin, on visite les catacombes, dont l’étendue atteindrait 200 hectares, et où M. Cavalari découvrit un des plus beaux sarcophages chrétiens qui soient connus.
Et puis on rentre dans l’humble hôtel qui domine la mer et on reste tard à rêver, en regardant l’œil rouge et l’œil bleu d’un navire à l’ancre.
Aussitôt le matin venu, comme notre visite est annoncée, on nous ouvre les portes du ravissant petit palais qui renferme les collections et les œuvres d’art de la ville.