Quelques-uns de ces extraits sont vendus très cher, par gouttes. Pour les compter, l’homme se sert d’un petit coton qu’il tire de son oreille et y replace ensuite.

Quand le soir vient, tout le quartier des souks est clos par de lourdes portes à l’entrée des galeries, comme une ville précieuse enfermée dans l’autre.

Lorsqu’on se promène au contraire par les rues neuves qui vont aboutir, dans le marais, à quelque courant d’égout, on entend soudain une sorte de chant bizarre rythmé par des bruits sourds comme des coups de canon lointains, qui s’interrompent quelques instants pour recommencer aussitôt. On regarde autour de soi et on découvre, au ras de terre, une dizaine de têtes de nègres, enveloppées de foulards, de mouchoirs, de turbans, de loques. Ces têtes chantent un refrain arabe, tandis que les mains, armées de dames pour tasser le sol, tapent en cadence, au fond d’une tranchée, sur les cailloux et le mortier qui feront des fondations solides à quelque nouvelle maison bâtie dans ce sol huileux de fanges.

Sur le bord du trou, un vieux nègre, chef d’escouade de ces pileurs de pierres, bat la mesure, avec un rire de singe; et tous les autres aussi rient en continuant leur bizarre chanson que scandent des coups énergiques. Ils tapent avec ardeur et rient avec malice devant les passants qui s’arrêtent; et les passants aussi s’égayent, les Arabes parce qu’ils comprennent, les autres parce que le spectacle est drôle; mais personne assurément ne s’amuse autant que les nègres, car le vieux crie:

—Allons! frappons!

Et tous reprennent en montrant leurs dents et en donnant trois coups de pilon:

—Sur la tête du chien de roumi!

Le nègre clame en mimant le geste d’écraser:

—Allons! frappons!

Et tous: