Loin du monde, séparée de la France par ces montagnes sauvages, sans villages et sans routes, qu’on nomme les montagnes des Maures, n’ayant de rapport avec les terres habitées que par une diligence antique et un petit bateau à vapeur qui reste au port les jours de mauvais temps, Saint-Tropez est, certes, la plus curieuse des petites villes marines du Midi.

Une route, depuis deux ans, la liait à Saint-Raphaël. La mer a détruit cette route. Et nous sommes ici dans un pays bizarre, plein des souvenirs des Maures qui l’occupèrent longtemps et bâtirent presque tous les villages sur les sommets côtoyant la mer; car, dans le centre des montagnes, on ne trouve rien, ni hameaux, ni fermes, rien que des huttes isolées et une ruine d’une morne beauté, la Chartreuse de la Verne.

Saint-Tropez, la première pêcheuse de ces côtes, assise au bord du golfe dont l’antique tour de Grimaud ferme le fond, montre avec orgueil sur son quai la statue du bailli de Suffren. Elle se battit contre les Sarrasins, le duc d’Anjou, les corsaires barbaresques, le connétable de Bourbon, Charles-Quint, le duc de Savoie et le duc d’Épernon.

En 1637, les habitants, sans aucune aide, repoussèrent une flotte espagnole, et chaque année se renouvelle, avec une ardeur surprenante, le simulacre de cette défense qui emplit la ville de bousculades et de clameurs, et rappelle étrangement les grands divertissements populaires du moyen âge.

En 1813, la ville repoussa également une escadrille anglaise envoyée contre elle.

Aujourd’hui elle pêche! Elle pêche des thons, des sardines, des loups, des langoustes, tous les poissons si jolis de cette mer bleue, et nourrit, à elle seule, une partie de la côte.

Tu la connais bien, d’ailleurs, cette petite cité provençale, car nous y sommes restés ensemble quelques jours, autrefois.

Viens avec moi suivre ce rivage, de port en port, de baie en baie, et peut-être te décideras-tu à l’écrire, ce livre que tu ferais si bien sur les Petites Filles de la Mer.

Cette nouvelle, pour laquelle Maupassant a repris quelques fragments de Sur l’Eau, parut dans le Gil-Blas du 15 mars 1887. Elle servit ensuite de préface au livre de René Maizeroy, La Grande Bleue, Plon, éditeur.

TABLE DES MATIÈRES.


Pages.
Lassitude. [1]
La Nuit. [11]
La Côte italienne. [27]
La Sicile. [55]
D’Alger à Tunis. [131]
Tunis. [145]
Vers Kairouan. [175]
Venise (inédit). [245]
Ischia (inédit). [253]
Pêcheuses et Guerrières (inédit). [265]