On sentait pourtant que cette petite maison venait d’être habitée. Une douce odeur de verveine y flottait encore. Mariolle pensa: «Tiens, de la verveine, parfum simple. La femme d’avant moi ne devait pas être une compliquée... Heureux homme!»
Le soir venait, toutes ces affaires ayant fait glisser la journée. Il s’assit près d’une fenêtre ouverte, buvant la fraîcheur humide et douce des herbages mouillés et regardant le soleil couchant faire de grandes ombres sur les prés.
Les deux servantes parlaient en préparant le dîner, et leurs voix paysannes montaient sourdement par l’escalier, tandis que, par la fenêtre, entraient des meuglements de vache, des aboiements de chien, des appels d’homme ramenant des bêtes ou causant avec un camarade à travers la rivière.
Cela était vraiment calme et reposant.
Mariolle se demandait pour la millième fois depuis le matin: «Qu’a-t-elle pensé en recevant ma lettre?... Que va-t-elle faire?...»
Puis il se dit: «Que fait-elle en ce moment?»
Il regarda l’heure à sa montre:—six heures et demie.—«Elle est rentrée, elle reçoit.»
Il eut la vision du salon et de la jeune femme causant avec la princesse de Malten, Mme de Frémines, Massival et le comte de Bernhaus.
Son âme soudain tressaillit d’une espèce de colère. Il aurait voulu être là-bas. C’était l’heure où presque chaque jour il entrait chez elle. Et il sentait en lui un malaise, non pas un regret, car sa volonté était ferme, mais une sorte de souffrance physique pareille à celle d’un malade à qui on refuse la piqûre de morphine au moment accoutumé.
Il ne voyait plus les prairies, ni le soleil disparaissant derrière les collines de l’horizon. Il ne voyait qu’elle, au milieu d’amis, elle en proie à ces soucis mondains qui la lui avaient volée: «N’y pensons plus!» se dit-il.