Il sortit ensuite, prit une voiture, et regagna Montigny, troublé et tourmenté par ce qu’il avait fait, et le regrettant déjà.

Il avait calculé que, si elle daignait lui répondre, il recevrait sa lettre deux jours plus tard; mais il ne quitta pas sa villa le lendemain dans la crainte et dans l’espérance de recevoir une dépêche d’elle.

Il se balançait sous les tilleuls de la terrasse, vers trois heures de l’après-midi, quand Élisabeth vint le prévenir qu’une dame demandait à lui parler.

Son saisissement fut si grand qu’il eut une courte suffocation, et il s’en vint vers la maison avec des jambes brisées et un cœur palpitant. Il n’espérait pas cependant que ce fût elle.

Quand il eut ouvert la porte du salon, Mme de Burne, assise sur un canapé, se leva, et, souriante d’un sourire un peu réservé, avec une légère contrainte dans le visage et dans l’attitude, elle lui tendit la main en disant:

—Je viens prendre de vos nouvelles, le télégraphe ne m’en donnant pas d’assez complètes.

Il était devenu si pâle devant elle, qu’elle eut dans les yeux une lueur de joie; et il demeurait si oppressé d’émotion qu’il ne pouvait encore parler et qu’il tenait seulement sur sa bouche la main qu’elle lui avait offerte.

—Dieu! que vous êtes bonne! dit-il enfin.

—Non, mais je n’oublie pas mes amis, et je m’en inquiète.

Elle le regardait bien en face, profondément, de ce premier regard de femme qui surprend tout, fouille les pensées jusqu’aux racines, et dévoile toutes les feintes. Elle fut sans doute satisfaite, car sa figure s’éclaira d’un sourire.