Ils allaient se retrouver, pour se dire adieu, le lendemain matin, devant la porte de l’hôtel. Descendu le premier, André Mariolle attendait qu’elle parût, avec un poignant sentiment d’inquiétude et de bonheur. Que ferait-elle? Que serait-elle? Qu’adviendrait-il d’elle et de lui? En quelle aventure bienheureuse ou terrible venait-il d’entrer? Elle pouvait faire de lui ce qu’elle voudrait, un halluciné pareil aux fumeurs d’opium ou un martyr, à son gré. Il marchait à côté des deux voitures, car ils se séparaient, lui achevant son voyage par Saint-Malo pour continuer son mensonge, eux retournant à Avranches.
Quand la retrouverait-il? Allait-elle abréger sa visite à sa famille ou retarder son retour? Il avait une peur affreuse de son premier regard et de ses premières paroles, car il ne l’avait point vue, et ils ne s’étaient presque rien dit pendant leur courte étreinte de la nuit. Elle s’était offerte résolument, mais avec une réserve pudique, sans s’attarder, sans se complaire à ses caresses; puis elle était partie de son pas léger, en murmurant: «A demain, mon ami!»
Il restait à André Mariolle de cette rapide, de cette bizarre entrevue, l’imperceptible déception de l’homme qui n’a pu cueillir toute la moisson d’amour qu’il croyait mûre et, en même temps, l’enivrement du triomphe, donc l’espérance presque assurée de conquérir bientôt ses derniers abandons.
Il entendit sa voix et tressaillit. Elle parlait haut, irritée assurément contre un désir de son père, et, quand il l’aperçut sur les dernières marches de l’escalier, elle avait aux lèvres le petit pli colère révélateur de ses impatiences.
Mariolle fit deux pas; elle le vit, et se mit à sourire. Dans ses yeux calmés soudain, quelque chose de bienveillant passa qui se répandit sur tout le visage. Puis dans sa main subitement et tendrement tendue, il y eut la confirmation, sans contrainte et sans repentir, du cadeau d’elle-même qu’elle avait fait.
—Alors nous allons nous séparer? lui dit-elle.
—Hélas! madame, j’en souffre plus que je ne le saurais montrer.
Elle murmura:
—Ce ne sera pas pour longtemps.
Comme M. de Pradon les rejoignait, elle ajouta tout bas: