Elle répétait à chaque pas:

—Dieu! que c’est joli! que c’est inattendu! que c’est séduisant!

Apercevant la plate-bande de roses que le soleil, dans une trouée de branches, illuminait, elle s’écria:

—Mais c’est de la féerie, mon cher ami!

Elle en cueillit une, la baisa et la mit à son corsage. Alors ils entrèrent dans le pavillon; et elle paraissait si contente qu’il avait envie de se mettre à genoux devant elle, bien qu’au fond du cœur il eût senti qu’elle aurait dû peut-être s’occuper plus de lui et moins du lieu. Elle regardait autour d’elle, agitée d’un plaisir de petite fille qui trouve et manie un jouet nouveau, et, sans trouble dans ce joli tombeau de sa vertu de femme, elle en appréciait l’élégance avec une satisfaction de connaisseur dont on a flatté les goûts. Elle avait craint, en venant, le logis banal, aux étoffes ternies, souillé par d’autres rendez-vous. Tout cela, au contraire, était neuf, imprévu, coquet, fait pour elle, et avait dû coûter fort cher. Il était vraiment parfait, cet homme.

Se tournant vers lui, elle souleva ses deux bras, par un ravissant geste d’appel, et ils s’étreignirent dans un de ces baisers aux yeux clos qui donnent l’étrange et double sensation du bonheur et du néant.

Ils eurent, dans l’impénétrable silence de cette retraite, trois heures de face à face, de corps à corps, de bouche à bouche, qui mêlèrent enfin pour André Mariolle l’ivresse des sens à l’ivresse de l’âme.

Avant de se quitter, ils firent un tour dans le jardin, et s’assirent en une des salles vertes où on ne pouvait les apercevoir de nulle part. André, plein d’exubérance, lui parlait comme à une idole qui venait de descendre pour lui de son piédestal sacré, et elle l’écoutait, alanguie par une de ces fatigues dont il avait vu souvent se refléter l’ennui dans ses yeux, après les visites trop longues de gens qui l’avaient lassée. Elle demeurait affectueuse pourtant, la figure éclairée d’un sourire tendre, un peu contraint, et, tenant sa main, elle la serrait d’une étreinte continue, plus irréfléchie peut-être que volontaire.

Elle ne devait point l’entendre, car elle l’interrompit au milieu d’une phrase pour lui dire:

—Il faut absolument que je m’en aille. Je dois être à six heures chez la marquise de Bratiane, et je vais y arriver fort en retard.