—Voulez-vous bien vous taire? C'étaient les premières paroles un peu galantes qu'ils échangeaient.
—Allons, dit Jean fort troublé, sauvons-nous avant qu'on nous rejoigne.
Il apercevait, en effet, tout près d'eux maintenant, le dos du capitaine Beausire qui descendait à reculons afin de soutenir par les deux mains Mme Roland, et, plus haut, plus loin, Roland se laissait toujours glisser, calé sur son fond de culotte en se traînant sur les pieds et sur les coudes avec une allure de tortue, tandis que Pierre le précédait en surveillant ses mouvements.
Le sentier moins escarpé devenait une sorte de chemin en pente contournant les blocs énormes tombés autrefois de la montagne. Mme Rosémilly et Jean se mirent à courir et furent bientôt sur le galet. Ils le traversèrent pour gagner les roches. Elles s'étendaient en une longue et plate surface couverte d'herbes marines et où brillaient d'innombrables flaques d'eau. La mer basse était là-bas, très loin, derrière cette plaine gluante de varechs, d'un vert luisant et noir.
Jean releva son pantalon jusqu'au-dessus du mollet et ses manches jusqu'au coude, afin de se mouiller sans crainte, puis il dit: «En avant!» et sauta avec résolution dans la première mare rencontrée.
Plus prudente, bien que décidée aussi à entrer dans l'eau tout à l'heure, la jeune femme tournait autour de l'étroit, bassin, à pas craintifs, car elle glissait sur les plantes visqueuses.
—Voyez-vous quelque chose? disait-elle.
—Oui, je vois votre visage qui se reflète dans l'eau.
—Si vous ne voyez que cela, vous n'aurez pas une fameuse pêche.
Il murmura d'une voix tendre: