Et elle disait dans ses efforts pour rompre cette étreinte:

—Mais non, mais non, je ne suis plus la mère maintenant, je ne suis plus rien pour toi, pour personne, plus rien, plus rien! Tu n'as plus ni père ni mère, mon pauvre enfant ... adieu.

Il comprit brusquement que s'il la laissait partir il ne la reverrait jamais, et, l'enlevant, il la porta sur un fauteuil, l'assit de force, puis s'agenouillant et formant une chaîne de ses bras:

—Tu ne sortiras point d'ici, maman; moi je t'aime, et je te garde. Je te garde toujours, tu es à moi.

Elle murmura d'une voix accablée:

—Non, mon pauvre garçon, ça n'est plus possible. Ce soir tu pleures, et demain tu me jetterais dehors. Tu ne me pardonnerais pas non plus.

Il répondit avec un si grand élan de si sincère amour:—Oh! moi? moi? Comme tu me connais peu!—qu'elle poussa un cri, lui prit la tête par les cheveux, à pleines mains, l'attira avec violence et le baisa éperdument à travers la figure.

Puis elle demeura immobile, la joue contre la joue de son fils, sentant, à travers sa barbe, la chaleur de sa chair; et elle lui dit, tout bas, dans l'oreille:

—Non, mon petit Jean. Tu ne me pardonnerais pas demain. Tu le crois et tu te trompes. Tu m'as pardonné ce soir, et ce pardon-là m'a sauvé la vie; mais il ne faut plus que tu me voies.

Il répéta, en l'étreignant: