Elle demandait, sans avoir même ôté son chapeau:
—Dis donc, père (elle appelait son mari «père» dans la maison, et quelquefois «monsieur Roland» devant les étrangers), dis donc, père, te rappelles-tu qui a épousé Joseph Lebru, en secondes noces?
—Oui, une petite Duménil, la fille d'un papetier.
—En a-t-il eu des enfants?
—Je crois bien, quatre ou cinq, au moins.
—Non. Alors il n'y a rien par là.
Déjà elle s'animait à cette recherche, elle s'attachait à cette espérance d'un peu d'aisance leur tombant du ciel. Mais Pierre, qui aimait beaucoup sa mère, qui la savait un peu rêveuse, et qui craignait une désillusion, un petit chagrin, une petite tristesse, si la nouvelle, au lieu d'être bonne, était mauvaise, l'arrêta.
—Ne t'emballe pas, maman, il n'y a plus d'oncle d'Amérique! Moi, je croirais bien plutôt qu'il s'agit d'un mariage pour Jean.
Tout le monde fut surpris à cette idée, et Jean demeura un peu froissé que son frère eût parlé de cela devant Mme Rosémilly.
—Pourquoi pour moi plutôt que pour toi? La supposition est très contestable. Tu es l'aîné; c'est donc à toi qu'on aurait songé d'abord. Et puis, moi, je ne veux pas me marier.