—Alors je vais vous faire goûter une préparation nouvelle. Voilà deux mois que je cherche à tirer quelque chose de la groseille, dont on n'a fait jusqu'ici que du sirop ... eh bien! j'ai trouvé ... j'ai trouvé ... une bonne liqueur, très bonne, très bonne.
Et ravi, il alla vers une armoire, l'ouvrit et choisit une fiole qu'il apporta. Il remuait et agissait par gestes courts, jamais complets, jamais il n'allongeait le bras tout à fait, n'ouvrait toutes grandes les jambes, ne faisait un mouvement entier et définitif. Ses idées semblaient pareilles à ses actes; il les indiquait, les promettait, les esquissait, les suggérait, mais ne les énonçait pas.
Sa plus grande préoccupation dans la vie semblait être d'ailleurs la préparation des sirops et des liqueurs. «Avec un bon sirop ou une bonne liqueur, on fait fortune», disait-il souvent.
Il avait inventé des centaines de préparations sucrées sans parvenir à en lancer une seule. Pierre affirmait que Marowsko le faisait penser à Marat.
Deux petits verres furent pris dans l'arrière-boutique et apportés sur la planche aux préparations; puis les deux hommes examinèrent en l'élevant vers le gaz la coloration du liquide.
—Joli rubis! déclara Pierre.
—N'est-ce pas?
La vieille tête de perroquet du Polonais semblait ravie.
Le docteur goûta, savoura, réfléchit, goûta de nouveau, réfléchit encore et se prononça:
—Très bon, très bon, et très neuf comme saveur; une trouvaille, mon cher!