— Voyons, voyons, ne nous chagrinons pas tant que ça, ma jeune dame, soyez raisonnable.

Il se leva, s'approcha du lit et posa sa main tiède sur le front de cette désespérée. Ce simple contact l'amollit étrangement; elle se sentit aussitôt alanguie, comme si cette forte main de rustre, habituée aux gestes qui absolvent, aux caresses réconfortantes, lui eût apporté dans son toucher un apaisement mystérieux.

Le bonhomme, demeuré debout, reprit:

— Madame, il faut toujours pardonner. Voilà un grand malheur qui vous arrive; mais Dieu, dans sa miséricorde, l'a compensé par un grand bonheur, puisque vous allez être mère. Cet enfant sera votre consolation. C'est en son nom que je vous implore, que je vous adjure de pardonner l'erreur de M. Julien. Ce sera un lien nouveau entre vous, un gage de sa fidélité future. Pouvez-vous rester séparée de coeur de celui dont vous portez l'oeuvre dans votre flanc?

Elle ne répondait point, broyée, endolorie, épuisée maintenant, sans force même pour la colère et la rancune. Ses nerfs lui semblaient lâchés, coupés doucement, elle ne vivait plus qu'à peine.

La baronne, pour qui tout ressentiment semblait impossible, et dont l'âme était incapable d'un effort prolongé, murmura:

— Voyons, Jeanne.

Alors le prêtre prit la main du jeune homme et, l'attirant près du lit, la posa dans la main de sa femme. Il appliqua dessus une petite tape comme pour les unir d'une façon définitive; et, quittant son ton prêcheur et professionnel, il dit, d'un air content:

— Allons, c'est fait: croyez-moi, ça vaut mieux.

Puis, les deux mains rapprochées un moment se séparèrent aussitôt. Julien, n'osant embrasser Jeanne, baisa sa belle-mère au front, pivota sur ses talons, prit le bras du baron qui se laissa faire, heureux au fond que la chose se fût arrangée ainsi; et ils sortirent ensemble pour fumer un cigare.