— Est-elle assommante avec son mioche!
Elle fut bientôt tellement obsédée par cet amour qu'elle passait les nuits assise auprès du berceau à regarder dormir le petit. Comme elle s'épuisait dans cette contemplation passionnée et maladive, qu'elle ne prenait plus aucun repos, qu'elle s'affaiblissait, maigrissait et toussait, le médecin ordonna de la séparer de son fils.
Elle se fâcha, pleura, implora; mais on resta sourd à ses prières. Il fut placé chaque soir auprès de sa nourrice; et chaque nuit la mère se levait, nu-pieds, et allait coller son oreille au trou de la serrure pour écouter s'il dormait paisiblement, s'il ne se réveillait pas, s'il n'avait besoin de rien.
Elle fut trouvée là, une fois, par Julien qui rentrait tard, ayant dîné chez les Fourville; et on l'enferma désormais à clef dans sa chambre pour la contraindre à se mettre au lit.
Le baptême eut lieu vers la fin d'août. Le baron fut parrain, et tante Lison marraine. L'enfant reçut les noms de Pierre-Simon- Paul; Paul pour les appellations courantes.
Dans les premiers jours de septembre, tante Lison repartit sans bruit; et son absence demeura aussi inaperçue que sa présence.
Un soir, après le dîner, le curé parut. Il semblait embarrassé, comme s'il eût porté un mystère en lui, et, après une suite de propos inutiles, il pria la baronne et son mari de lui accorder quelques instants d'entretien particulier.
Ils partirent tous trois, d'un pas lent, jusqu'au bout de la grande allée, causant avec vivacité, tandis que Julien, resté seul avec Jeanne, s'étonnait, s'inquiétait, s'irritait de ce secret.
Il voulut accompagner le prêtre qui prenait congé et ils disparurent ensemble, allant vers l'église qui sonnait l'angélus.
Il faisait frais, presque froid, on rentra bientôt dans le salon. Tout le monde sommeillait un peu quand Julien revint brusquement, rouge, avec un air indigné.