L'abbé Picot le regarda de biais, comme il faisait en ses moments de gaieté, et il reprit:

— Voyez-vous, l'abbé, pour empêcher ces choses-là, il faudrait enchaîner vos paroissiens, et encore ça ne servirait à rien.

Le petit prêtre répondit d'un ton cassant:

— Nous verrons bien.

Et le vieux curé sourit en humant sa prise:

— L'âge vous calmera, l'abbé, et l'expérience aussi; vous éloignerez de l'église vos derniers fidèles; et voilà tout. Dans ce pays-ci, on est croyant, mais tête de chien: prenez garde. Ma foi, quand je vois entrer au prône une fille qui me paraît un peu grasse, je me dis: «C'est un paroissien de plus qu'elle m'amène» et je tâche de la marier. Vous ne les empêcherez pas de fauter, voyez-vous; mais vous pouvez aller trouver le garçon et l'empêcher d'abandonner la mère. Mariez-les, l'abbé, mariez-les, ne vous occupez pas d'autre chose.

Le nouveau curé répondit avec rudesse:

— Nous pensons différemment; il est inutile d'insister.

Et l'abbé Picot se remit à regretter son village, la mer qu'il voyait des fenêtres du presbytère, les petites vallées en entonnoir où il allait réciter son bréviaire, en regardant au loin passer les bateaux.

Et les deux prêtres prirent congé. Le vieux embrassa Jeanne, qui faillit pleurer.