— Cet homme-là, c'est un inquisiteur! Il doit être très dangereux.
Puis quand il eut appris par les paysans dont il était l'ami, les sévérités du jeune prêtre, ses violences, cette espèce de persécution qu'il exerçait contre les lois et les instincts innés, ce fut une haine qui éclata dans son coeur.
Il était, lui, de la race des vieux philosophes adorateurs de la nature, attendri dès qu'il voyait deux animaux s'unir, à genoux devant une espèce de Dieu panthéiste et hérissé devant la conception catholique d'un Dieu à intentions bourgeoises, à colères jésuitiques et à vengeances de tyran, un Dieu qui lui rapetissait la création entrevue, fatale, sans limites, toute- puissante, la création vie, lumière, terre, pensée, plante, roche, homme, air, bête, étoile, Dieu, insecte en même temps, créant parce qu'elle est création, plus forte qu'une volonté, plus vaste qu'un raisonnement, produisant sans but, sans raison et sans fin dans tous les sens et dans toutes les formes à travers l'espace infini, suivant les nécessités du hasard et le voisinage des soleils chauffant les mondes.
La création contenait tous les germes, la pensée et la vie se développant en elle comme des fleurs et des fruits sur les arbres.
Pour lui donc, la reproduction était la grande loi générale, l'acte sacré, respectable, divin, qui accomplit l'obscure et constante volonté de l'Être Universel. Et il commença, de ferme en ferme, une campagne ardente contre le prêtre intolérant, persécuteur de la vie.
Jeanne, désolée, priait le Seigneur, implorait son père; mais il répondait toujours:
— Il faut combattre ces hommes-là, c'est notre droit et notre devoir. Ils ne sont pas humains.
Il répétait, en secouant ses longs cheveux blancs:
— Ils ne sont pas humains; ils ne comprennent rien, rien, rien.
Ils agissent dans un rêve fatal; ils sont anti-physiques.
Et il criait «Anti-physiques!» comme s'il eût jeté une malédiction.