— Est-il de la famille de Lamare de l'Eure?

Le prêtre s'inclina:

— Oui, madame, c'est le fils du vicomte Jean de Lamare, mort l'an dernier.

Alors, Mme Adélaïde, qui aimait par-dessus tout la noblesse, posa une foule de questions, et apprit que, les dettes du père payées, le jeune homme, ayant vendu son château de famille, s'était organisé un petit pied-à-terre dans une des trois fermes qu'il possédait dans la commune d'Étouvent. Ces biens représentaient en tout cinq à six mille livres de rente; mais le vicomte était d'humeur économe et sage, et comptait vivre simplement, pendant deux ou trois ans, dans ce modeste pavillon, afin d'amasser de quoi faire bonne figure dans le monde, pour se marier avec avantage sans contracter de dettes ou hypothéquer ses fermes.

Le curé ajouta:

— C'est un bien charmant garçon; et si rangé, si paisible. Mais il ne s'amuse guère dans le pays.

Le baron dit:

— Amenez-le chez nous, monsieur l'abbé, cela pourra le distraire de temps en temps.

Et on parla d'autre chose.

Quand on passa dans le salon, après avoir pris le café, le prêtre demanda la permission de faire un tour dans le jardin, ayant l'habitude d'un peu d'exercice après ses repas. Le baron l'accompagna. Ils se promenaient lentement tout le long de la façade blanche du château pour revenir ensuite sur leurs pas. Leurs ombres, l'une maigre, l'autre ronde et coiffée d'un champignon, allaient et venaient tantôt devant eux, tantôt derrière eux, selon qu'ils marchaient vers la lune ou qu'ils lui tournaient le dos. Le curé mâchonnait une sorte de cigarette qu'il avait tirée de sa poche. Il en expliqua l'utilité avec le franc- parler des hommes de campagne: