Et Rosalie, approchant une chaise, s'assit et se mit à parler d'elle, de sa maison, de son monde, entrant dans les menus détails chers aux gens de campagne, décrivant sa cour, riant parfois de choses anciennes déjà qui lui rappelaient de bons moments passés, haussant le ton peu à peu, en fermière habituée à commander. Elle finit par déclarer:
— Oh! j'ai du bien au soleil, aujourd'hui. Je ne crains rien.
Puis elle se troubla encore et reprit plus bas:
— C'est à vous que je dois ça tout de même: aussi vous savez que je n'veux pas de gages. Ah! mais non. Ah! mais non! Et puis, si vous n' voulez point, je m'en vas.
Jeanne reprit:
— Tu ne prétends pourtant pas me servir pour rien?
— Ah! mais que oui, madame. De l'argent! Vous me donneriez de l'argent! Mais j'en ai quasiment autant que vous. Savez-vous seulement c'qui vous reste avec tous vos gribouillis d'hypothèques et d'empruntages, et d'intérêts qui n'sont pas payés et qui s'augmentent à chaque terme? Savez-vous? non, n'est-ce pas? Eh bien, je vous promets que vous n'avez seulement plus dix mille livres de revenu. Pas dix mille, entendez-vous. Mais je vas vous régler tout ça, et vite encore.
Elle s'était remise à parler haut, s'emportant, s'indignant de ces intérêts négligés, de cette ruine menaçante. Et comme un vague sourire attendri passait sur la figure de sa maîtresse, elle s'écria, révoltée:
— Il ne faut pas rire de ça, madame, parce que sans argent, il n'y a plus que des manants.
Jeanne lui reprit les mains et les garda dans les siennes; puis elle prononça lentement, toujours poursuivie par la pensée qui l'obsédait: