Amateur. Ce mot a-t-il un féminin?... Il me semble que l'analogie nous autorise à donner un féminin à ce mot. On dit une spectatrice, une actrice, une force créatrice... Il faut donc donner à amateur une inflexion féminine.
En général, M. Molard ne reconnoît comme françois que les mots qui se trouvent dans l'Académie. N'étoit-il pas naturel d'appliquer ce principe en cette occasion? Pour décider la question qu'il propose ici, il suffit d'ouvrir le Dictionnaire qui fait autorité. Ce Dictionnaire n'admet que le masculin dans amateur, tandis qu'il donne un féminin à spectateur, à acteur, etc. Il faut donc s'en tenir là. Il me seroit facile de citer une multitude de mots qui ne sont pas françois, quoiqu'ils aient en leur faveur l'espèce d'analogie qu'invoque M. Molard. Les principes de l'analogie ne prouveront jamais que tels ou tels mots doivent exister dans une langue; ils ne servent qu'à indiquer la manière la plus régulière de les employer, en cas qu'on les adopte.
V.
Balustre. Sorte de petit pilier façonné..... Il ne faut pas confondre ce mot avec balustrade; celui-ci est un assemblage de balustres. Cependant l'Académie leur donne quelquefois la même signification.
Le mot balustrade ne peut jamais signifier un seul pilier; mais balustre peut, quand on le veut, être employé pour balustrade. En ce sens, il est autorisé, non-seulement par l'Académie, mais encore par nos meilleurs écrivains. S'il falloit n'entendre par balustre qu'un pilier façonné, le dernier de ces vers de Boileau:
Ici s'offre un perron; là, règne un corridor;
Là, ce balcon s'enferme en un balustre d'or.[2]
deviendroit absolument inintelligible.