Avant qu’il eût le temps de répondre, elle le saisit par les épaules et tendit vers lui ses lèvres. Il abaissait au même instant sa tête, et le baiser lui effleura la bouche. Bijou fit entendre une sorte de plainte caressante et craintive qui l’émut profondément. Décidé à parler, cette fois, il voulut attirer à lui la jeune fille, mais elle repoussa les mains qui cherchaient à la retenir, s’élança hors de la chambre, et, au frôlement rapide de sa robe contre la muraille, il comprit qu’elle s’enfuyait.

X

LE lendemain, la mère Rafut arriva. Bijou comptait la conserver une semaine. Elle fut très désappointée quand la vieille ouvrière lui annonça qu’elle ne pouvait donner que cinq journées. Le 1er septembre, le théâtre rouvrait, et elle devait reprendre ses fonctions d’habilleuse. Alors Jeanne proposa de travailler un peu aux robes, et Bijou accepta.

—C’est une excellente idée!... à deux, nous ne nous ennuierons pas!... nous causerons sans nous occuper de la mère Rafut...

Et, le jour même, pendant que la marquise et madame de Rueille étaient à faire ce que Jean de Blaye appelait «une tournée de visites», elles s’installèrent dans l’atelier de Bijou transformé en salle de couture, et se mirent à tailler et à coudre en bavardant à côté de la vieille ouvrière. A un moment, Bijou demanda:

—Iras-tu au bal des courses?...

—Oui,—dit Jeanne:—il paraît que, comme je suis fiancée, ça n’est pas très correct... mais j’irai tout de même parce que Franz désire me voir en toilette du soir... et aussi valser avec moi... il valse très bien, tu sais?...

—Lui qui a l’air si austère!... Alors, décidément, ça ne te fait rien d’épouser un protestant?...

—Rien du tout!... je suis, sans être dévote, une catholique très convaincue... il est, sans être dévot, un fervent protestant... chacun de nous tient à sa religion et n’en voudrait pas changer, mais l’un n’a nullement l’idée de convertir l’autre...

Comme Bijou ne répondait rien, elle ajouta: