—Merci!... Tenez!... voyez-vous tous ces indigènes qui vous dévisagent?... je vous affirme, Bijou, que quand je viens faire les commissions tout seul, ils ne me regardent pas avec cette avidité...

—Moi, je vous dis que c’est ce rose qui les étonne!...

—Pourquoi les étonnerait-il?... ils y sont habitués, puisque vous venez souvent à Pont-sur-Loire, et que vous êtes toujours en rose...

Depuis qu’elle avait quitté le deuil de ses parents, morts quatre ans auparavant, Denyse avait adopté le rose comme unique couleur de robe. C’était, disait-elle, parce que sa grand’mère l’aimait mieux ainsi habillée. Dans tous les cas, le rose, un rose très doux, très mourant, sorte de feuille de rose effeuillée et pâlie, qu’elle portait toujours et qui était presque exactement du ton délicat de sa peau, lui allait à ravir. Quand le temps était froid ou mauvais, elle mettait de longs manteaux foncés qui la cachaient toute, et lorsqu’elle sortait, rose et fraîche comme une fleur, de cette enveloppe sombre, elle éclairait tout à l’entour d’elle. Ses robes étaient en batiste, en mousseline, en laine, en étoffes relativement peu chères. Tout au plus si elle se permettait un petit taffetas ou un foulard. Et quelle simplicité de forme!... toujours les mêmes petites blouses froncées, les mêmes jupes plates; jamais le moindre ornement; à peine l’hiver, un tout petit passepoil de fourrure.

Elle dit, semblant réfléchir:

—C’est vrai!... je suis toujours en rose!... vous trouvez ça mal?...

—Mal?... moi!... Eh! grand Dieu!... je trouve ça ravissant!... je vous répète, Bijou, que si je n’étais pas un vieux monsieur... je vous ferais tout le temps la cour!...

—Vous n’êtes pas un vieux monsieur!...

—Remerci!... Si vous ne trouvez pas que je sois un tout à fait vieux monsieur... ce qui est, en effet, discutable... du moins, je suis un monsieur marié...

—C’est vrai!... et c’est tant mieux pour vous!... car rien n’est bête et ennuyeux comme les gens qui font la cour...