—Si... il paraît que c’est dans cette ruelle... tu sais, à droite du quai?...
—La venelle des Lilas... je sais bien ce que tu veux dire... mais il n’y a là que des jardins potagers, des terrains à vendre et quelques petites maisons... que les officiers louent parce que c’est près du quartier...
Bijou se leva.
—Enfin, dit-elle, je vais toujours chercher de ce côté-là!...
Denyse fut la première à l’hôtel. Jean de Blaye arriva un peu en retard, l’air triste et le visage défait.
Madame de Nézel était venue au rendez-vous qu’il lui avait donné, mais seulement pour lui rendre une liberté dont il n’avait plus que faire, et qu’il n’avait pas osé refuser. Et, malheureux, mécontents l’un de l’autre, ils avaient dû rester longtemps enfermés dans la petite maison, parce que Bijou, escortée de la vieille Joséphine, avait rôdé dans la ruelle déserte pendant une partie de l’après-midi. Elle allait et venait, le nez en l’air, semblant chercher une trace, avec une insistance que Jean ne s’expliquait pas et qui l’inquiétait beaucoup. Elle avait peut-être vu, à trois heures, lorsqu’ils traversaient en voiture la place de la gare, madame de Nézel qui entrait dans la venelle des Lilas. Et, dans ce cas, avait-elle voulu s’assurer de ce qu’elle soupçonnait? était-elle donc retorse et curieuse, cette Denyse qu’il aimait tant, et qui venait de démolir, sans le savoir, toute sa vie?...
Il s’excusa de son retard et fit monter en voiture Bijou qui lui affirmait gentiment qu’il arrivait à l’heure. Au moment même où il cherchait un moyen de la questionner, elle dit:
—Tu sais!... vous aurez vos gardénias pour demain!... mais ç’a été difficile, va!... j’ai couru pour eux tout Pont-sur-Loire une partie de la journée... on m’a envoyée dans des petites rues impossibles... où je me suis perdue... et où je n’ai rien trouvé...
Heureux de voir éclater l’innocence de Bijou, Jean s’écria malgré lui:
—Ah!... c’est donc pour ça que tu es allé traîner dans la venelle des Lilas?...