Si le presbytère de la cathédrale n'était pas fastueux, celui de Saint-Marcien était tout à fait pitoyable. Une petite masure, adossée à la vieille basilique, dans une ruelle noire et malpropre. A gauche de la masure, un misérable jardinet, mais pas du tout ce qu'on appelle «un jardin de curé». L'abbé Châtel, qui adorait les fleurs, avait su transformer en odorante corbeille le pauvre petit coin de mauvaise terre.
La servante était au marché. Ce fut l'abbé qui ouvrit la porte à Coryse. Il tenait d'une main un pot à confitures — pour l'instant rempli de colle — et de l'autre un énorme pinceau ébouriffé, dépouillé d'une notable portion de ses poils.
— Je vous demande pardon de vous recevoir ainsi… — expliqua-t-il à Chiffon, qui lui disait joyeusement bonjour — mais c'est que j'étais en train de recoller le papier du parloir…
Et il montra les minces languettes qui, détachées par l'humidité, pendaient lamentablement le long de la muraille.
L'ameublement était sommaire. Six chaises de paille. Un fauteuil tout défoncé. Une admirable horloge de bois vermoulu, élégante et rare, et une statue de la sainte Vierge en albâtre, posée au mur, au-dessus d'un petit socle surmonté d'un vase.
— Je vous ai apporté des roses pour votre sainte Vierge… — dit Chiffon, en déposant les fleurs dans le petit vase, — seulement il faut vite leur donner de l'eau…
— Oui… tout à l'heure…
— Non… tout de suite!… voyons!… par cette chaleur-là, ça serait de la barbarie de les faire attendre, monsieur l'abbé!… et vous pensez bien que c'est pas l'idée de la sainte Vierge que quelque chose souffre pour elle… s'pas?…
— C'est juste!… — fit docilement le prêtre qui alla remplir le vase à un petit robinet placé dans le jardin.
En le regardant faire, Coryse se disait :