On sonnait le déjeuner. Madame de Bray entra en coup de vent dans le petit salon. L'air empressé, le sourire fendu jusqu'aux oreilles, elle s'avança en courant presque vers son beau-frère :

— Mon cher Marc!… on vient de me dire à l'instant que vous êtes de retour…

Et, sans lui laisser le temps de répondre :

— Je suis ravie de vous revoir!… vous nous manquez tellement à tous quand vous n'êtes pas là… n'est-ce pas, Chiffon?…

Jamais la marquise n'était aimable pour son beau-frère, et jamais elle n'appelait sa fille «Chiffon», sauf lorsque, devant quelque nouveau venu, elle posait pour la tendresse câline. Marc la regarda, très surpris, et baissa aussitôt les yeux en apercevant la mine narquoise de Coryse, qui riait derrière sa mère.

— Avez-vous vu Pierre?… — dit madame de Bray.

— Oui… je l'ai vu en arrivant…

Elle demanda, souriante :

— Vous a-t-il prévenu du terrible effet qu'a produit ici votre lettre aux électeurs?…

— Ma foi, non!…