— Ça prouve qu'elle a certains moments de lucidité… je n'irais en aucun temps chez madame de Bassigny, mais aujourd'hui, dans tous les cas, je ne peux aller nulle part… puisque je suis en deuil…

Chiffon glissa un regard rieur sur la robe de sa mère. Une robe d'un mauve si indécis qu'on ne savait pas trop si c'était du mauve ou du rose.

— Oh!… — fit la marquise — c'est un deuil de trois mois… et il y a déjà au moins quinze jours de passés!… Et, à ce propos, mon cher Marc, je veux vous demander… ça ne vous est pas désagréable qu'il y ait ici un bal le dimanche des courses?…

— Non, du tout… pourvu que je ne sois pas obligé d'y paraître…

— Mais… si vous n'y paraissez pas… ça aura l'air d'un blâme…

— Je ne sais pas de quoi ça aura l'air, mais je n'irai pas au bal un mois après la mort d'une tante dont j'hérite… ça serait — sans parler du manque de cœur — d'un mauvais goût absolu…

La marquise répondit, d'un ton pointu :

— Comme nous n'avons pas, nous, les mêmes motifs de nous abstenir… et que je tiens à donner ce bal pour Coryse…

— Pour moi!… — s'écria la petite, stupéfaite — pour moi, qui déteste le monde!… et qui ne sais seulement pas danser correctement!… un bal pour moi!… ah! Seigneur!…

— C'est justement pour t'apprendre à te tenir dans le monde… et pour que tu y prennes goût…