Quand ils furent l'un en face de l'autre dans le petit salon, Coryse dit gaiement à l'oncle Marc :

— Il y a eu du tirage, hein?… et pourtant je n'étais pas nécessaire ce soir… puisqu'il y avait un troisième pour forcer à prendre le landau…

Et, tout de suite, elle ajouta en voyant que son oncle s'installait sous la lampe et défaisait les bandes des journaux :

— Tu sais… si tu as à faire… te crois pas obligé de rester avec moi, au moins?…

— J'allais justement te dire la même chose…

— Oh!… moi!… que je fasse ma tapisserie ici ou ailleurs, c'est tout comme!… seulement, toi, ordinairement… quand papa sort le soir… tu travailles chez toi…

Il répondit en riant :

— Oui… mais ces soirs-là… qui sont, en hiver, presque tous les soirs… tu ne m'es pas aussi particulièrement recommandée qu'aujourd'hui…

Coryse alla prendre la grande tapisserie de soie, toute hérissée d'animaux et de guerriers bizarres, qu'elle copiait sur les dessins des tapisseries de Bayeux, et vint s'asseoir à côté de l'oncle Marc.

Au bout d'un instant, il interrompit sa lecture, regardant, au-dessus du journal, la petite tête ébouriffée et attentive penchée sur les soies diaprées.